Plan Avenir : comment la nouvelle politique d’orientation veut réduire les inégalités entre collégiens et lycéens
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Ce que la concertation nationale a révélé sur les inégalités d’orientation
40% des enfants d’ouvriers suivent une 2de générale et technologique, contre 84% des enfants de cadres. Les filles ne représentent que 15% des élèves choisissant la spécialité numérique et sciences informatiques en terminale.
Ces deux chiffres, mis en avant lors de la concertation nationale sur l’orientation ❏ lancée le 28 novembre 2024 par le ministère de l’Éducation nationale, illustrent deux des inégalités auxquelles le Plan Avenir entend répondre : celles liées à l’origine sociale et au genre.
Mis en œuvre dans les établissements à partir de la rentrée 2025 et toujours déployé en 2026-2027, ce plan s’appuie sur la synthèse de la concertation réalisée par l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR).
Celle-ci a fait suite à deux mois de consultations nationales et régionales menées en décembre 2024 et janvier 2025. La concertation a également mis en évidence un biais territorial : les élèves résidant en zone rurale éloignée choisissent moins souvent de poursuivre dans l’enseignement supérieur.
Autre donnée éclairante : 77 % des lycéens se tournent d’abord vers leur famille pour obtenir des conseils sur leur projet d’orientation.
Un chiffre qui n’est pas anodin, car il montre comment le recours privilégié au cercle familial peut renforcer le poids des inégalités socioculturelles dans les choix d’orientation, les familles n’ayant pas toutes le même accès à l’information sur les filières et les métiers.
Régions de France, acteur institutionnel associé à la concertation, avance une estimation du coût de ces dysfonctionnements : 3 à 4 milliards d’euros par an ❏ en réorientations, redoublements et sorties sans diplôme. Cette estimation est portée par une institution directement engagée dans le débat sur la gouvernance de l’orientation : elle doit donc être lue comme un chiffre d’acteur, et non comme une mesure indépendante du coût du système.
Trois leviers concrets pour transformer l’orientation au quotidien
Depuis la rentrée 2025, le Plan Avenir s’appuie — de la 5e à la terminale — sur trois leviers structurants : le plan pluriannuel d’éducation à l’orientation, quatre demi-journées annuelles dédiées et la plateforme Avenir(s).
→ Le premier est le plan pluriannuel d’éducation à l’orientation (PPO) ❏, une programmation d’actions que chaque établissement doit définir pour chaque niveau de classe.
Il est élaboré avec l’appui du conseil pédagogique puis adopté en conseil d’administration avant la fin de l’année civile.
Son élaboration associe l’ensemble des personnels, les élèves via les instances représentatives (conseil de la vie collégienne, conseil de la vie lycéenne), les parents d’élèves et, autant que possible, les partenaires du territoire.
→ Le deuxième levier consiste en quatre demi-journées annuelles dédiées à l’orientation, intégrées à l’emploi du temps plutôt que reléguées à des interventions ponctuelles.
→ Le troisième est la plateforme numérique Avenir(s) ❏, conçue par l’Onisep pour accompagner collégiens et lycéens de la 5e à la terminale, avec un objectif explicite : limiter les effets de l’autocensure et lutter contre les déterminismes sociaux et de genre identifiés par la concertation.

Depuis la rentrée 2026, l’investissement d’un élève de 3e dans l’élaboration de son projet d’orientation enregistré sur Avenir(s) peut également être valorisé lors de l’affectation en voie professionnelle via Affelnet-Lycée ❏. Les modalités de cette valorisation sont précisées chaque année par les circulaires académiques.
Ainsi, la découverte des métiers commence dès la classe de 5e, avec des rencontres avec des professionnels et une découverte de secteurs d’activité.
En 4e et en 3e, elle s’appuie sur les heures d’orientation. En 3e, elle intègre la séquence d’observation obligatoire en milieu professionnel ❏, d’une durée de cinq jours, consécutifs ou non.
Les expériences d’immersion peuvent être préparées dès la 4e, notamment sous la forme de stages courts.
L’objectif fixé par le ministère est qu’à l’issue de la 3e, chaque élève ait eu connaissance d’au moins 50 métiers ❏ et se soit rendu dans un lycée professionnel, un CFA ou un lycée agricole.
Des rôles identifiés pour coordonner l’orientation
Au collège, la découverte des métiers repose notamment sur un référent identifié par le chef d’établissement. Ce rôle, instauré dans le cadre du déploiement de la découverte des métiers depuis 2023, peut être confié à un professeur, un professeur documentaliste ou un conseiller principal d’éducation.
Le référent coordonne les rencontres avec des professionnels et les déplacements des élèves ; un référent par niveau peut être désigné selon les besoins.
L’accompagnement individuel repose aussi sur les professeurs principaux, dont la formation a commencé par ceux de 3e, soit environ 30 000 enseignants annoncés dans le plan. Ils travaillent en lien étroit avec les psychologues de l’Éducation nationale (PsyEN), qui appuient les équipes et interviennent notamment dans les situations individuelles les plus complexes.
Le pilotage territorial du dispositif revient aux directeurs académiques des services de l’éducation nationale (Dasen), avec l’appui des inspecteurs chargés de l’information et de l’orientation.
L’École doit se donner les moyens d’aider les élèves à construire des parcours moins sujets aux déterminismes et aux assignations quels qu’ils soient : géographiques, sociaux, de genre, etc.
Ministère de l’Éducation nationale
Cette architecture n’est pas totalement nouvelle : depuis la rentrée 2023, tous les collèges organisent déjà des temps de découverte des métiers en 5e, 4e et 3e, structurés autour de trois axes : connaissance des secteurs d’activité, expériences d’immersion, découverte des formations post-collège. Le Plan Avenir généralise et structure ces pratiques plutôt qu’il ne les invente.
Ce que le dispositif ne résout pas encore
Un plan d’action ne suffit pas, à lui seul, à effacer des inégalités documentées depuis longtemps dans le système scolaire. Le SNES-FSU a critiqué l’organisation même de la concertation ❏, estimant qu’elle était biaisée et portait en filigrane les réponses préconisées par les Régions.
Le syndicat pointe également que les mesures mises en œuvre depuis plusieurs années auraient, selon lui, aggravé les inégalités sociales et de genre dans les parcours d’orientation plutôt que de les réduire.
Cette controverse rappelle une distinction importante : le Plan Avenir fixe des objectifs et met en place des mécanismes — PPO, demi-journées dédiées, plateforme Avenir(s), accompagnement renforcé — mais les sources officielles mobilisées ici ne présentent pas encore d’évaluation d’impact permettant d’attribuer au plan une réduction des écarts sociaux, de genre ou territoriaux. L’ambition affichée et le résultat démontré restent donc, à ce stade, deux choses distinctes.
Pour les acteurs éducatifs locaux et les associations, ce cadre ouvre néanmoins des points d’entrée concrets.
Au collège, le référent découverte des métiers est l’interlocuteur des partenaires extérieurs pour préparer des rencontres avec des professionnels ou des visites. Pour les familles, le PPO de l’établissement constitue également un repère utile : les parents sont associés à son élaboration et peuvent solliciter le professeur principal ou, selon les besoins, le PsyEN.
Sans prétendre évaluer le Plan Avenir, nous constatons — comme les données nationales le suggèrent — que l’accès à l’information sur les filières et les métiers n’est pas toujours homogène selon les familles. C’est une des raisons pour lesquelles nos ateliers intègrent aussi des temps de méthodologie et d’orientation.
Notre programme « Jeune Tuteur » permet aussi à des lycéens d’expérimenter, à leur échelle, une situation proche du monde professionnel : préparer une séance, transmettre des connaissances, prendre des responsabilités et s’adapter à un groupe. Nous considérons que ce type d’expérience constitue un complément intéressant aux dispositifs d’orientation proposés par les établissements, en aidant les jeunes à mieux identifier leurs compétences et à se confronter concrètement à certaines responsabilités.
Collaborateurs
Rédaction : L’équipe pédagogique School.Lab
Références
→ Concertation nationale sur l’orientation — Ministère de l’Éducation nationale
https://www.education.gouv.fr/concertation-nationale-sur-l-orientation-462408
→ Synthèse de la concertation nationale sur l’orientation des élèves — IGÉSR
https://www.education.gouv.fr/igesr/synthese-de-la-concertation-nationale-sur-l-orientation-des-eleves-465618
→ Plan Avenir : l’orientation, pour que l’avenir soit un choix — Ministère de l’Éducation nationale
https://www.education.gouv.fr/plan-avenir-l-orientation-pour-que-l-avenir-soit-un-choix-462900
→ Mise en œuvre du Plan Avenir à partir de l’année scolaire 2025-2026 — Bulletin officiel
https://www.education.gouv.fr/bo/2025/Hebdo27/MENE2519127N
→ La découverte des métiers au collège — Éduscol
https://eduscol.education.gouv.fr/5217/la-decouverte-des-metiers-au-college
→ L’orientation en fin de troisième reste marquée par de fortes disparités scolaires et sociales — DEPP
https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/document/NI%2023.40-365928.pdf
→ Scolarités. Le poids des héritages — France Stratégie, 2023
https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/290907.pdf
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